Villey le sec
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Février 1954

par Danièle URIOT

Et oui, cette année là, il a fait très froid ! J’avais 10 ans, je ne sais pas par quel hasard, je me suis retrouvé en 6ème à Frouard.

Je commençais à m’habituer à la situation, quand vint cet hiver très froid. Nous n’avions pas beaucoup d’argent donc l’habillement n’était pas luxueux.

J’avais un manteau, une jupe, un pull, un bonnet, des gants et des chaussettes épaisses tricotées par ma grand-mère ainsi que des schnobottes, sortes de bottines, dans lesquelles on mettait des chaussons. On retirait les schnobottes et on restait en chausson. C’était pratique mais la neige passait par-dessus. Pas de chauffage central, on achetait du charbon pour se chauffer. Dans les chambres, on avait un petit poêle à charbon, ce qui n’empêchait pas les carreaux des fenêtres de se garnir de belles fleurs de glace.

Ce mois de février reste dans ma mémoire comme un mois épouvantable.

La température est descendue à -27°C, la Moselle était complètement gelée. Les gens marchaient dessus. Nous avions très froid, le chemin de l’école était laborieux.

Nous n’avions pas de téléviseur mais à la radio, nous avons entendu l’appel de l’abbé Pierre pour les gens qui mourraient de froid, sans logement.

Mes amis, au secours !

Il lance le 1er février 1954 un appel mémorable sur les antennes de Radio-Luxembourg, qui deviendra célèbre sous le nom d’« Appel de l’abbé Pierre ».

Le lendemain, la presse titre « l’insurrection de la bonté ». L’appel rapportera 500 millions de francs en dons, une somme énorme pour l’époque et complètement inattendue. Des appels et courriers submergent complètement le standard téléphonique de la radio. Des dons en nature d’un volume si immense qu’il faut des semaines pour simplement les trier, les répartir et trouver des dépôts pour les stocker convenablement un peu partout en France.

Avec l’argent rassemblé suite à son appel à la radio, il fait construire des cités d’urgence. Ces cités appelées à être provisoires se transformèrent progressivement, dans le meilleur des cas, en cités HLM.

Le combat de l’abbé Pierre a aussi permis l’adoption d’une loi interdisant l’expulsion de locataires pendant la période hivernale et le développement d’Emmaüs.

Tant qu’il existera la misère, aussi longtemps que régnera l’exclusion, nous ne connaîtrons ni la paix de l’âme, ni la paix, ni la joie du cœur !

disait L’abbé Pierre.

L’appel de 1954 attire des bénévoles de toute la France pour aider d’abord à la redistribution, mais aussi fonder les premiers groupes se réclamant de cet appel. Rapidement, l’abbé Pierre doit organiser cet élan inespéré de générosité. Ces communautés Emmaüs construisent des logements pour les sans-abri et les accueillent en leur procurant non seulement toit et couvert en situation d’urgence mais aussi un travail digne. Nombre de compagnons d’Emmaüs sont ainsi d’anciens sans-abri, de tous âges, genres et origines sociales, sauvés de la déchéance sociale ou parfois d’une mort certaine et rétablis dans leurs droits fondamentaux par les communautés issues de cet élan de générosité qu’ils remercient par leur propre engagement caritatif.

Voilà une petite évocation de 1954, certes les temps ont bien changé, heureusement.

On a vraiment gagné en confort de vie, mais en qualités humaines ? En esprit de solidarité ? Il y a toujours des malheureux, des sans logement et des pauvres !