Villey le sec
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Au village nous avons un fort

par Danièle URIOT

De nombreux visiteurs se pressent tout au long de l’année pour voir cette imposante construction, faire une petite promenade à bord du petit train qui circule sur une voie de 60 et pour voir les vaches « Highlands » qui pâturent en compagnie de quelques chèvres. Les bénévoles de l’association « la citadelle », entretiennent et font visiter ce patrimoine. Pendant les visites de nombreuses informations sur cette fortification sont données.

Mais savons-nous ce qu’il en a coûté aux habitants du village à l’époque de la construction ?

Au court de mes recherches, j’ai trouvé quelques délibérations qui nous montrent que cette construction a beaucoup perturbé la vie de ce paisible village.
L’ouvrage fut étudié à partir du 5 décembre 1873 et déjà le site présentait de grosses difficultés puisque le village occupait l’emplacement idéal pour l’implantation du fort.

Le projet consistait à raser le village, mais les habitants savaient que sur leur commune il n’y avait de l’eau que dans la zone où se trouvaient les puits qui alimentaient leur maison, sinon c’était un sol rocailleux où les eaux s’infiltraient rapidement Si la solution de raser le village fut évoquée, le génie du se résoudre à utiliser le site au mieux face au caractère d’urgence des travaux : la démolition du village aurait retardé d’autant le délai d’édification de l’ouvrage et surtout le coût de celui-ci. Cette fois le projet fut entériné et la population du accepter les difficultés d’expropriation des terrains nécessaires cette construction.

Cependant, le projet fut lancé et dés le 24 août 1874, l’entreprise Morel, obtint l’adjudication de la maîtrise d’ouvrage. Le décret de déclaration d’intérêt public et d’urgence fut publié le 4 décembre 1874 et dés le 12 février 1875, l’exploitation de la carrière dite « de la Chalade » fut autorisée. Toutefois, les travaux durent attendre l’approbation du ministre de la guerre en date du 28 juin 1875 et celle du directeur supérieur le 1er juillet. Durant ces quelques mois, le plan fut parfaitement étudié et des travaux préparatoires entrepris : établissement d’un plan incliné entre la carrière et le fort, délimitation des terrains et ébauche des actes d’expropriation. On construira les nouveaux chemins, à la sortie de la rue du moulin à vent qui va devenir plus tard rue du fort, le chemin de Chaudeney sera dévié, les chemins de la côte et de Maron seront déplacés vers l’est et entreront au village par un pont qui enjambera les batteries nord et sud.
Au village nous avons un fort

Le 30 aout 1874, demande de Mr Morel entrepreneur du fort de Villey le sec l’autorisation de construire des travaux de baraquements sur les terrains communaux libres qui existent à la sortie du village à côté du chemin qui conduit à la Moselle.

Le conseil est d’accord mais d’un seul côté du chemin et sans qu’il puisse dépasser soit pour l’emplacement des constructions soit pour dépôts de matériaux les limites qui lui seront tracées par l’administration municipale. Le tout moyennant une indemnité annuelle de 50 francs.

Demande fait par sieur Parriere entrepreneur pour avoir l’autorisation d’occuper temporairement pour y construire un baraquement sortie du village à droite sur la route allant à Toul, et un baraquement sur un terrain entre la fontaine du village et l’enfourchement des chemins de grande communication et de Gondreville.

Le conseil vu ses délibérations du 25 octobre et 8 novembre 1874 par laquelle le sieur Morel, Parriere et Vanbrusselt cantinier ont été autorisé à construire des baraquements pendant les travaux de fortifications de Villey le sec demande au maire de passer un bail d’une durée de 3 ans avec chacun des locataires.

Les travaux commencèrent le 26 juillet 1875, avant même que la question des acquisitions ne fut totalement réglée : les terrains des batteries Nord et Sud ne seront acquis qu’en octobre. Il s’en suivi une longue période de quatre ans de construction durant laquelle des centaines d’ouvriers travaillèrent avec hâte. On commença par l’édification des crêtes d’artillerie, puis par le creusement des fossés, ce qui permit de mettre rapidement en état de défense les batteries. Toutefois, au réduit, on du attendre la construction de la caserne puisque cette dernière supporte le parapet.

Autour du village une véritable fourmilière s’active de tous les côtés. Les gros travaux nécessitent l’occupation de 15 parcelles de terrain au lieu dit « du moulin à vent ». Certaines parcelles de terre autour du village ont été recouvertes par les dépôts de terre du creusement des fossés. Ces dépôts de mauvaises terres ont values aux habitants de perdre les terres arables et d’être obligé pour obtenir quelques choses de nourrir les terres et de les alléger avec du sable. Un énorme réseau de fils barbelés flanquait les fossés.

Le 4 juillet 1875, le conseil considérant que par suite des travaux de fortification de Villey le sec, un certain nombre de chemin d’exploitation rurale se trouvent supprimés notamment le chemin de Chaudeney et celui de la côte à la sortie du village allant à la Moselle, que la commune ne peut se passer de ses chemins et ne peut se charger elle-même d’en établir de nouveaux demande à ce que l’état refasse ces chemins et que les chemins allant vers la Moselle seront cédés à l’état moyennant 50 francs par are en tenant compte d’une largeur de 10 mètres pour la largeur du chemin.

La main d’œuvre engagée pour d’aussi importants travaux a bouleversé la vie au village. Au lendemain de la guerre de 1870 la population atteignait 400 habitants, en 1876 on en comptait 718, 518 habitaient le village et 137 vivaient dans des baraquements. Les étrangers étaient nombreux (37 belges, 17 italiens, 12 allemands et des autres). Les cafés faisaient fortunes. Le garde-champêtre avait du mal à réprimer les chapardages et se sentait parfois en danger. Il y eut même un crime : un ouvrier italien tua un de ses compatriotes et quand les gendarmes

en vertu d’un mandat d’arrêt, revêtus de leur uniforme et conformément aux ordres de leur chef

vinrent pour appréhender l’assassin, il avait disparu depuis longtemps.

Le 13 aout 1876, considérant que le service de garde champêtre dans la commune est par la suite de la présence de la multitude des étrangers résidant dans la commune pour la construction des forts, devenue difficile et même dangereuse - le conseil est d’avis qu’il y a lieu de pourvoir le garde champêtre en fonction, d’une arme pour sa défense personnelle. Le conseil vote 35 francs pour cela.
Mais la venue des nombreux travailleurs au village n’avait pas que des inconvénients. Nombre de jeunes filles y trouvèrent un mari de 1873 à 1983 le nombre des mariages dépasse de 30% celui des communes voisines et le nombre de naissances augment de plus de 50%. Même à l’église le conseil de fabrique demande une subvention pour acheter de nouveaux bancs.
Le fort de Villey le sec fut achevé dans son ensemble en 1879.

C’est le seul exemple de village à l’intérieur d’un fort en fortification française moderne.

Les militaires prennent possession du fort, et mettent en état de fonctionnement tout le matériel qui a été installé.

Quand des tirs devaient avoir lieu, 1/2 heure avant on tirait un coup de canon à blanc et des « vedettes » parcouraient les chemins des zones dangereuses pour faire partir ceux qui s’y trouvaient. Si s’était la tourelle du fort qui devait tirer, on recommandait aux habitants d’ouvrir les fenêtres, puis la sonnerie de « ralliement » sonnait pour annoncer la fin des tirs. Des équipes allaient sur les terrains ramasser les débris ou obus non éclatés. Les dommages devaient être déclarés en mairie.

En 1876, à la suite de tractations interminables au sujet de tous les chemins qui ont été pris par les travaux et les nouveaux construits pour les remplacer, le conseil voit que tout chemin construit sur les glacis ne pouvant être ni devenir propriété communale, il se contente du droit perpétuel de passage à condition que l’entretien restera à la charge de l’état, pour toutes les autres parties des nouveaux chemins, il en réclame la propriété et consent à la entretenir. Jusqu’en 1877 des tractations ont été menées par la commune afin de réglementer tous ces nouveaux chemins qui traversaient ou non les nouveaux ouvrages sur le glacis de la batterie nord ou les conditions de passage autour de la batterie sud et du réduit. Ensuite ce fut la question de l’eau dans le fort.

Le 23 mars 1978, le commandant du génie demande de pouvoir récupérer l’excès d’eau de la fontaine de Villey pour remplir les citernes du fort. Le conseil est d’accord mais impose des conditions : toujours 1 m3 d’eau par heure pour servir à l’alimentation de l’abreuvoir et du lavoir public. Fixe le coût.
Le génie avertit les habitants que par suite de la tranchée creusée pour unir le fort à la batterie nord, ils ne pouvaient plus passer sur le chemin qui conduit du haut de la rue du moulin à vent vers les terres et le chemin de Chaudeney. Le conseil demande la construction d’un pont sur la tranchée resté sans réponse. Le conseil vu que le pont demandé est construit pour les besoins du génie, que les habitant surtout ceux de la rue du moulin à vent en ont un grand besoin pour aller vers Chaudeney et que le génie a coupé toutes les issues aux habitants demande que le pont soit maintenu tant qu’il ne nuira pas à la défense, que les habitants aient l’autorisation de passer sur ce pont et que le génie entretienne ce pont (pont de bois). Le génie refuse d’entretenir le pont.

Le conseil considérant que la commune pendant tout l’été a manqué d’eau, les habitants ont été obligé d’aller faire abreuver leurs animaux à la rivière, qu’ils ont manqué d’eau pour eux même pour leurs besoins particuliers, attendu qu’il est certain que les sources de la fontaine et d’un grand nombre de puits du village venant du plateau ont été taries par les fossés du fort : qu’il est de toute justice que le génie restitue à la commune les eaux qui lui ont été enlevées et demande une subvention pour pouvoir rechercher de nouvelles eaux et établir un réservoir devenu absolument nécessaire.

Le 10 février 1880, le maire expose que le sieur Morel, entrepreneur a quitté la commune sans l’indemniser pour les terrains à elle appartenant et qu’il a utilisé pour l’établissement de son plan incliné sans combler l’excavation profonde qu’il a faite à la côte des tremblots et enfin sans débarrasser le chemin d’exploitation de la chanlatte devenu impraticable par suite des dépôts faits par le dit sieur Morel : le conseil est d’avis de demander une indemnité de 100 francs et l’obligation au sieur Morel de remettre tout dans l’état que c’était avant son arrivée à Villey le sec.

Le conseil attendu que par la suite de la construction du fort le jardin de l’instituteur a été exproprié pour 2596 francs placé depuis en rentes sur l’état, que cette somme devait servir pour acheter un nouveau jardin lorsque l’occasion favorable se présentera.

Le conseil du 8 mai 1881 attendu que le fort a enlevé plusieurs petites sources qui alimentaient la fontaine, qu’il faut une citerne pour stocker l’eau, que la guerre de 1870 a retardé jusqu’aujourd’hui, que les animaux dans la période de sécheresse ne peuvent plus aller s’abreuver dans la Moselle à cause de la canalisation qui en a fait monter le niveau demande qu’il soit construit tout à côté et en dessus de la fontaine actuelle située au bas du village une citerne pouvant contenir 800 m3 d’eau. Les 2500 francs disponibles au budget seront employés à cette construction. Le conseil espère avoir un secours soit du génie ou du ministère de la défense car cette citerne peut être avantageuse aussi pour la garnison du fort.
En effet, pendant cette période de construction du fort, la commune a dû supporter aussi les soucis et inconvénients qu’a créé la canalisation de la Moselle (1873-1880).

Ce fort, maintenant tout à fait intégré dans notre environnement, nous parait indispensable à notre vie. Ne serait ce que « pour faire notre petite balade ».